Échecs et développement personnel

Stage avec Alexandru, pilier de notre première équipe

Samedi passé, les membres de notre club avaient la chance de pouvoir assister, gracieusement, à un stage d’entraînement proposé par le moteur de notre première équipe, le Maître International Alexandru Manea. Comme peu d’entre nous espèrent encore un jour devenir Grand Maître, l’approche notre joueur patenté et fin psychologue dirigée vers l’application du jeu d’échecs comme outil de développement personnel, donnait une perspective de philosophique pratique très intéressante à cette journée. La thématique principale tournait en effet autour de notre liberté à imaginer, et du peu d’usage qu’on en fait généralement, nous restreignant trop souvent a priori par des lectures trop rigides des règles, leur donnant inconsciemment des limites qu’elles ne portent pas en elles-mêmes. Le jeu d’échecs devient ainsi un laboratoire pour nous rendre compte de notre attitude générale dans les situations de vie les plus diverses.

Pour dépasser ces fausses limitations que nous reproduisons trop souvent dans notre quotidien comme dans nos parties, il faut prendre conscience qu’en dehors des règles constitutives du déplacement des pièces, il n’y a pas de principes autres que le reflet de nos préjugés, et qu’à la suite de Paul Feyerabend et de John Watson1, si nous voulons suivre un principe, alors suivons celui-ci: aux échecs, comme dans la recherche scientifique, « est bon tout ce qui marche »!

Pour mettre en pratique cette épistémologie, nous avons appris à verbaliser ce que nous voulons faire, pour ensuite seulement chercher comment mettre en œuvre notre projet – c’est-à-dire, aux échecs, calculer. En mettant des mots, nous éclairons la situation à laquelle nous faisons face et déterminons ce que nous allons en faire. Ensuite arrive le moment de mettre en œuvre notre technique. Car si l’on sacrifie notre capacité d’imagination sur l’autel de la technique aveugle, on risque de se retrouver dans la situation tragique de nos sociétés contemporaines qui n’ont pas su écouter le conseil rabelaisien: « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme! » Au contraire, le processus d’imagination permet de faire travailler ensemble nos deux hémisphères, le « cerveau droit », qui prend en charge la nouveauté, et donc l’apprentissage, et dont l’approche est globale, synthétique, intuitive, et le « cerveau gauche », siège de la parole, de la logique et du raisonnement séquentiel et analytique. C’est aussi la perspective de reprendre le contrôle sur nos vies et nos actions, en déterminant d’abord, par un acte d’imagination, ce que nous voulons vraiment, pour ensuite s’occuper des moyens et capacités de réalisation.

Alexandru nous a en outre appris un « truc » rudimentaire pour parvenir, en s’y exerçant régulièrement, à calculer, relativement facilement, 20, ou même 50, coups à l’avance! Revenant à la tradition chamanique, il nous a aussi encouragé à parler intérieurement avec nos pièces, en demandant par exemple à tel Cavalier à la bande ce qu’il fait là. Si l’on se met à son écoute, pas de doute que nous recevrons la réponse – soit il contrôle à partir de là une ou des cases essentielles, soit c’est le moment de rapatrier ce travailleur infatigable pour lui donner une nouvelle tâche gratifiante.

Merci Alexandru pour la journée que tu nous as consacrée, destinée à nous éveiller aux dimensions profondes que recèle notre jeu favori, lesquelles dépassent largement le cadre de l’échiquier! C’est bien pour cela que les échecs ont une telle aura et une si longue tradition. Creuset de l’expansion de l’imagination, et, donc, de la conscience, il ne tient qu’à nous de transposer dans notre quotidien, pour l’enrichir et lui donner une nouvelle jeunesse, ce que nous avons pu expérimenter dans le laboratoire échiquéen! Labor et opera – n’était-ce pas là la formule alchimique pour transmuter notre existence!

1 Paul Feyerabend: Contre la méthode (1975); John Watson: Secrets of Modern Chess Strategy (1999).